Loading...

Pourquoi la spiruline ?

Le 29 mai 2019 par Doctisia Nutrition

Entretien avec Madame Brigitte Karleskind*

Brigitte Karleskind @ Orélie Grimaldi

 

Doctisia : Journaliste scientifique, vous êtes l’auteure du « GUIDE COMPLET DE LA SPIRULINE ».

Tout d’abord, qu’est-ce que la spiruline ?

Brigitte Karleskind :

La spiruline est une algue microscopique, une microalgue, qui se développe naturellement dans des eaux légèrement salées, fortement minéralisées et riches en carbonates, des régions tropicales.

Elle est cultivée dans de nombreux pays, et notamment, en Chine, aux États-Unis, en Amérique du Sud, dans différents pays du bassin méditerranéen mais, aussi, en France où l’on compte près de 150 petites fermes de production de spiruline.

Doctisia : Pourquoi la considère-t-on comme un « superaliment » ? Quelle est sa composition ?

Brigitte Karleskind :

Elle est très riche en protéines qui constituent 50 à 70 % de son poids. Elle contient deux fois plus de protéines que 100 g de soja et presque trois fois plus que 100 g de viande ou de poisson. Elle renferme également des pigments antioxydants comme la phycocyanine ou les caroténoïdes, des vitamines B et E, de la superoxyde dismutase, des minéraux comme le fer, le calcium, le magnésium, le sélénium ainsi qu’un acide gras important, peu présent dans l’alimentation, l’acide gamma-linolénique. Elle est donc également particulièrement riche en micronutriments essentiels.

L’un de ses atouts est aussi que les protéines, les micro-nutriments qu’elle contient sont facilement digestibles.

 

@ Thierry Souccar Editions

Doctisia : La spiruline aurait-elle des vertus pour prévenir certains problèmes de santé ou améliorer ses performances ?

Brigitte Karleskind :

Oui, principalement par sa richesse en protéines et en nutriments antioxydants, la spiruline a de nombreux intérêts. Sa richesse en protéines, en vitamines et en minéraux est utile pour favoriser le rétablissement après une maladie qui vous a laissé affaibli ou chez des personnes âgées qui peuvent avoir un apport insuffisant en protéines. Par ses propriétés antioxydantes, elle peut aider à renforcer les défenses naturelles de l’organisme et, ainsi, à mieux lutter contre les infections hivernales. Par ailleurs, chez des personnes obèses ou en surpoids, elle pourrait favoriser la perte de poids et contribuer à améliorer certains paramètres biologiques. Enfin, chez des sportifs, elle apporte une protection contre l’effet pro-oxydant d’une pratique intensive et elle améliore les capacités de récupération.

Doctisia : Dans le cadre de la prise en charge de certaines maladies qui pourraient bénéficier d’un apport en spiruline, vous insistez toujours sur le conseil préalable du médecin.

Brigitte Karleskind :

D’une manière générale, il est préférable, lorsque l’on est malade et, donc sous traitement, de consulter son médecin avant de prendre un complément alimentaire quel qu’il soit. Parce qu’ils contiennent des principes actifs, les compléments alimentaires peuvent interagir avec les médicaments.

 

Différentes formes de spiruline @ AdobeStock

 

Doctisia : Les végétariens ont-ils intérêt à consommer de la spiruline ?

Brigitte Karleskind :

Oui, encore une fois parce qu’elle est riche en protéines et, également, en fer. Mais, attention, elle n’est pas une source fiable de vitamine B12.

Doctisia : Pour quelles raisons ?

Brigitte Karleskind :

D’abord parce qu’elle peut être présente dans la spiruline sous deux formes, dont l’une serait inactive. Ensuite, parce qu’évaluer les taux de B12 dans l’organisme semble relativement complexe. Certaines analyses ne font pas la différence entre la forme active et la forme non active de la vitamine B12. Elles peuvent donc faire croire que l’on a consommé suffisamment de vitamine B12 pour répondre aux besoins de l’organisme en prenant de la spiruline alors que ce ne sera pas forcément le cas, si elle contenait seulement celle que l’on appelle la pseudo vitamine B12.

Doctisia : Quelles sont les différentes formes commercialisées de spiruline ? Certaines sont-elles préférables ?

Brigitte Karleskind :

Dans les compléments alimentaires, on la trouve généralement sous forme de comprimés ou de gélules emplies de poudre et aussi en paillettes, en granules, en poudre, en vermicelles … Des extraits de spiruline fraîche, titrés en phycocyanine, existent également. Ces derniers sont particulièrement intéressants, compte tenu des propriétés de la phycocyanine, pour renforcer les défenses de l’organisme et, notamment, pour se préparer à affronter la saison hivernale et les affections respiratoires qui l’accompagnent trop fréquemment.

On peut aussi se procurer dans les rayons frais de certains magasins bio, actuellement, principalement à Toulouse ou à Paris, de la spiruline fraîche. Contrairement à la spiruline sèche, elle n’a subi aucun traitement thermique autre qu’une réfrigération immédiate. Conditionnée sous atmosphère protectrice, elle se conserve une dizaine de jours. Mais c’est surtout un produit de marché de proximité que l’on peut acheter chez les petits producteurs. A condition, dans ce dernier cas, de vérifier qu’ils respectent bien les normes d’hygiène et de qualité et effectuent donc bien les contrôles nécessaires.

La spiruline fraîche, sur le plan de la qualité nutritionnelle, est la forme optimale. Mais à température ambiante, elle ne se conserve pas plus de six heures et deux à trois jours à 4°C.

 

 

Brigitte Karleskind est rédactrice en chef de la revue Nature Sciences Santé @ Nature Sciences Santé

 

Doctisia : A quelles doses la spiruline peut-elle présenter un intérêt ?

Brigitte Karleskind : Dans les compléments alimentaires, on trouve de la spiruline dosée le plus souvent à 250 ou 500 mg par comprimé ou gélule. Les doses utilisées dans les études qui ont montré un effet bénéfique vont de 3 à 10 g de spiruline par jour selon les objectifs fixés et l’état de santé des sujets. En période d’entraînement intensif, les sportifs peuvent prendre jusqu’à 20 g par jour de spiruline.

Doctisia : Y a-t-il des contre-indications à consommer de la spiruline ? Des effets secondaires possibles ? Des interactions connues avec des médicaments ?

Brigitte Karleskind : Lorsque l’on commence par des doses trop élevées, la spiruline peut provoquer des troubles gastro-intestinaux et des maux de tête. Il est donc recommandé de commencer avec un gramme de spiruline par jour, puis d’augmenter progressivement cette dose par paliers de 1 g tous les trois jours jusqu’à atteindre la quantité quotidienne souhaitée.

Ensuite, comme tous les aliments riches en protéine, la spiruline contient de la phénylalanine et les personnes souffrant de phénylcétonurie doivent éviter d’en consommer.

Par ailleurs, la spiruline a une teneur relativement élevée en acides nucléiques (10 g de spiruline sèche contiennent 0,5 g d’acides nucléiques) dont la dégradation produit de l’acide urique. Les personnes ayant tendance à avoir des niveaux élevés d’acide urique devraient donc éviter de consommer de la spiruline.

En raison de son action sur le système immunitaire, elle est déconseillée en cas de maladie auto-immune. Il en est de même en cas d’hyperparathyroïdie. La spiruline est également déconseillée en cas d’hémochromatose en raison de sa richesse en fer.

Concernant les interactions avec les médicaments, il existerait un risque modéré d’interaction avec les immunosuppresseurs et les corticoïdes mais qui n’a pas été démontré. Par ailleurs, surtout s’il s’agit d’un extrait de spiruline fraîche concentrée en phycocyanine, elle pourrait interférer avec certains traitements anticoagulants.

 

Brigitte Karleskind est également l’auteure du Guide pratique des compléments alimentaires @ Thierry Souccar Editions

 

Doctisia : Quels sont les critères de qualité de la spiruline ?

Brigitte Karleskind : Lorsque l’on achète un complément alimentaire contenant de la spiruline, il est important de bien lire l’étiquette. La première chose à vérifier est qu’il contient bien de la spiruline et non pas un mélange quelconque de microalgues bleu-vert. Certaines contiennent des toxines alors que ce n’est pas le cas de la spiruline.

Ensuite, il faut privilégier les produits contenant de la spiruline pure et donc dépourvus de tout additif. L’idéal serait de pouvoir choisir un produit qui n’a pas subi de traitement thermique et qui a donc toutes les chances d’avoir conservé tous ses nutriments, à condition toutefois d’avoir également été stocké dans de bonnes conditions.

Enfin, selon ce que l’on attend de la spiruline, il faut vérifier les nutriments qu’elle contient. Et, ce n’est pas gagné. Dans un grand nombre de cas, les fabricants se contentent en effet de stipuler que le comprimé ou la gélule contient de la poudre de spiruline sans autre précision. Pourtant, selon les conditions dans lesquelles elle a été cultivée et transformée, son contenu en protéines et en micronutriments peut varier.

Doctisia : Quel budget pour acheter une spiruline de bonne qualité ?

Brigitte Karleskind : Une cure de trois mois de 5 grammes de spiruline par jour, en comprimés, peut coûter entre 40 et 60 euros en moyenne.

 

*Brigitte Karleskind est rédactrice en chef de la revue Nature Sciences Santé, spécialisée en micronutrition et phytothérapie, destinée aux professionnels de santé. Elle est également l’auteure, notamment, du Guide pratique des compléments alimentaires publié chez Thierry Souccar Editions.

Illustration : @ AdobeStock

Site web de l’éditeur : https://www.thierrysouccar.com/sante/livre/le-guide-complet-de-la-spiruline-4934

Site web de Nature Sciences Santé : https://www.nature-sciences-sante.eu

Page Facebook : https://www.facebook.com/NatureSciencesSante/

 

Découvrez aussi dans les actualités

Bien se préparer avant une prise de sang

Santé

Entretien avec le Docteur Olivier Oregioni *

Lire la suite

Vieillissement et déficiences nutritionnelles

Nutrition

À découvrir dans l'Infolettre 71

Lire la suite

Sclérose en plaques et alimentation

Nutrition

À découvrir dans l'Infolettre 77

Lire la suite